En 1410, le duc de Berry frère du roi de France Charles V commande à des artistes flamands Pol, Jean et Hermann de Limbourg, un nouveau manuscrit enluminé. ce sera les Très Riches Heures du duc de Berry. Cet ouvrage restera inachevé ; la peste emportant les 3 frères ainsi que leur mécène 6 ans plus tard. Ce livre de 206 pages compte 131 miniatures, ces petites pages peintes à la main. Les nouvelles techniques de l'imprimerie feront que l'enluminure disparaîtra remplacée par la gravure
Scène champêtre.
Cette illustration représente le mois d'août. Elle se trouve dans ce "livre d'heures" qui était composé de prières, de méditations ainsi qu'un calendrier. Dans les Très Riches Heures, chacun des mois est illustré par une miniature pleine page célébrant le duc de Berry. Nous sommes loin de la guerre de cent ans, de la famine et de la peste qui sont la réalité de l'époque.
Le demi-cercle surplombant l'image.
Il s'agit de la voûte céleste. Ici le dessin est inachevé. on peut voir le Lion et la Vierge mais les cases du calendrier ne sont pas remplies. L'enlumineur esquissait le dessin à la mine de plomb puis repassait à l'encre. Enfin il posait une feuille d'or sur certaines parties pour les faire ressortir. La fonction d'une enluminure du latin illuminare-étant de mettre en lumière. (illustration mois de décembre)
Les cavaliers.
Il s'agit là d'un départ à la chasse au vol, privilège de la noblesse. on peut voir le duc sur son cheval blanc tenant sur sa main gauche un faucon. Devant, le fauconnier tenant 2 faucons encapuchonnés et armé d'une longue perche lui servant à battre les buissons pour faire s'envoler le gibier.
La vivacité des couleurs.
On y trouve des bleu, rouge, or, noir ou vert sur les vêtements, les cheveux et les paysages. Ces couleurs étaient obtenues avec des pigments d'origine végétale ou minérale. Comme le minium pour le rouge et duquel dérive le mot °miniature°. Le bleu du manteau du duc vient du lapis-lazuli, une pierre semi-précieuse provenant du Moyen-Orient (donc fort coûteuse). Pour les tous petits détails, des loupes grossissantes étaient utilisées.
Le second plan, les baigneurs.
Ils sont nus, selon l'usage de l'époque. L'artiste a pris soin de nous présenter l'image déformée par l'eau. Ce qui peut nous sembler banal aujourd'hui ne l'était pas à l'époque. La peinture n'avait alors qu'un but permettre un accès à Dieu. Cette scène réaliste avec aussi les moissonneurs qui dressent des gerbes et emplissent une charrette est loin de l'Invisible.
A l'arrière-plan le château
C'est le château d'Etampes. Il domine la composition, comme le duc qui règne sur ses sujets. Une des tours s'élève encore aujourd'hui. Toujours les enlumineurs ont eu à coeur de représenter leur mécène, ici on peut voir le château, le duc mais aussi les fleurs de lys. Il paraîtrait que ses miniatures sont riches d'une symbolique cachée que seuls les proches pouvaient déchiffrer. Malheureusement nous avons perdu la clé de ce journal intime codé.
Cet ouvrage est visible au musée Condé de Chantilly.
Désolée pour l'illustration d'en-tête, impossible d'en trouver une plus grande.
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