Un drame, jugé aux assises, donne naissance à un film.
Jusqu'où peut-on aller ?
« Aimer à perdre la raison,
Aimer à n’en savoir que dire,
A n’avoir que toi d’horizon
Et ne connaitre de saisons
Que par la douleur du partir,
Aimer à perdre la raison … ».
Aimer … C’est le début d’un poème de Louis Aragon, chanté par Jean Ferrat et que beaucoup d’entre nous ont fredonné.
Et perdre la raison, c’est ce qui est arrivé à une mère de famille qui a égorgé ses enfants.
Ce fait divers tragique, atroce, inimaginable nous a bouleversé et est toujours présent dans nos esprits.
Un procès a eu lieu, la sentence a été prononcée. L’affaire a été médiatisée.
Et la vie de tous les jours est source d’inspiration pour le cinéma.
Un cinéaste impressionné par ce drame a fait savoir qu’il entendait réaliser un film en s’inspirant de ce fait mais en donnant une vision personnelle et un autre regard.
Le projet a vite suscité une polémique et les proches de la famille Lhermitte se sont opposés à ce film. N’avaient-ils pas raison ?
On se souvient du film sur « l’affaire Dominici », une affaire criminelle qui s’est passée en 1952. 3 anglais sont assassinés près de leur voiture. Un fermier, Gaston Dominici, est accusé du triple meurtre et condamné à mort. En 1957 sa peine est commuée et l’accusé est gracié en 1960. Cette affaire a donné naissance à 2 films, 1 téléfilm, 1 documentaire, 1 pièce de théâtre et une BD.
Plus récemment (en 1979) le film « le pull-over rouge » raconte l’affaire Christian Ranucci, accusé de l’enlèvement et du meurtre d’une fillette en 1974 et guillotiné en 1976.
« A perdre la raison », le film inspiré de l’affaire Lhermitte et présenté à Cannes a laissé sans voix les critiques présents au festival. Le film est sorti fin mai et une semaine plus tard plus de 10.000 spectateurs ont déjà été le voir.
Dans la presse on peut lire : « le cinéaste Joachim Lafosse a réalisé un film émouvant, simple et juste où Emilie Duquenne est impressionnante de vérité. Il fait comprendre le cheminement humain qui a conduit au drame. La réalité colle tellement à la fiction que le spectateur a difficile de faire la part des choses ».
Que faut-il en penser ?
Ne faut-il pas se poser quelques questions ?
2 semaines après la sortie du film les proches de la mère infanticide s’expriment : le papa parle d’un double assassinat de ses enfants. Leur avocat demande que le début du long métrage mentionne qu’il s’agit d’un film de fiction pour que le spectateur se rende compte qu’il ne s’agit pas de la réalité.
Ne faut-il pas se poser quelques questions ?
Ce film aurait-il dû être réalisé ? N’est-il pas sorti trop vite après le procès ?
La famille n’a-t-elle pas le droit de faire son deuil en paix ?
Irez-vous voir ce film ? Ou respecterez-vous le chagrin du papa, du bon-papa et … la douleur de la maman ?
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