Après avoir voyagé en Amérique latine, et hésité entre une vie là-bas, et ici, Céline se lance dans la vie professionnelle, en tant qu’architecte. Les débuts furent difficiles, entre des bureaux qui ne lui offraient aucun travail intéressant, et d’autres où les projets étaient géniaux, mais presque pas rémunérés… C’est alors qu’elle décide de créer sa propre entreprise.
À propos de Céline
Âge: 31 ans
Commune: Boitsfort
Métier: architecte
Je suis en couple depuis 1 an et demi, et je n'ai pas de projet d'enfant pour l'instant. Avant cela, je n'ai jamais été longtemps en couple. Je suis distraite, dans la lune, et je n'ai pas trop les pieds sur terre (un sagittaire, quoi!). Mon métier d'architecte me fait le plus grand bien: il m'oblige à être ordonnée, organisée, et m'ancre dans l'ici et le maintenant. Ayant toujours eu du mal à supporter l'autorité mal placée, et après quelques expériences professionnelles malheureuse, j'ai décidé de monter mon propre bureau d'architecture.
Architecture, le métier manuel qu’il me fallait!
J'ai fait l'architecture à l'institut Victor Horta. Si j'ai opté pour ces études, c'est que j'ai toujours été une bricoleuse, et j'adore créer des choses de mes propres mains. Enfant, j'aimais aider mon père, quand il faisait des travaux dans la maison. Je ne me voyais pas sur les bancs d'université à écouter des profs déblatérer toute la journée. Puis je dois avouer que j'ai un peu du mal à rester attentive: je pars très vite dans mes pensées. Pour moi, l'architecture a pour avantage d'avoir ce côté manuel qui me permet de m'encrer, et d'être concentrée sur ce que je fais. Car quand on cherchait un concept avant de nous lancer dans un projet, tout était bon pour stimuler notre inspiration! De la terre glaise à la sculpture, en passant par le « clashage » de peinture et le collage... Exactement ce dont j'avais besoin!
Entre envie d’évasion et besoin de stabilité
Après mes études, j'ai voyagé au Mexique et au Guatemala. Là, je suis tombée amoureuse et j'ai vécu plus d'un an entre le Mexique et la Belgique: j'avais toujours l'impression d'être le cul entre deux chaises. Là bas, ma famille me manquait et la vie me semblait très (trop?) différente; ici, mon quotidien m'apparaissait comme trop barbant... J'avais commencé mes stages d'architecture à Bruxelles, dans un gros bureau, où je ne faisais absolument rien d'intéressant. Il n'y avait pas suffisamment de boulot pour remplir mes journées, et je n'apprenais rien. Il fallait que je reste 6 mois pour que ça compte comme stage, mais après 5 mois, j'ai craqué et je suis repartie au Mexique pour 4 mois.

Première expérience dans un bureau d’architecture
À mon retour, je suis rentrée dans un petit bureau, assez « jeune », où l'architecture que l'on faisait était top: comme les clients avaient de gros moyens, on pouvait vraiment pousser les concepts à fond et faire des choses magnifiques. Le seul hic, c'est que le boss nous payait tous les 3 mois, et encore... Il ne se rendait pas compte que pour nous, c'était un travail et pas un passe-temps, et que sans notre salaire, on ne pouvait pas payer nos loyers, ni l'essence, ni nourriture! Il vivait dans une autre réalité, où l'argent est là et le travail n'est qu'un simple moyen de s'occuper. Il était aussi très possessif et colérique (bon, avouons quand même que moi aussi, quand on me cherche on me trouve, alors c'était souvent explosif entre nous): on était plus à son service, que ses employés. Cependant, j'ai beaucoup appris dans ce bureau. Encore maintenant, quand je travaille des esquisses, je pense «pas de limite de budget », et puis j'adapte les idées en « petit budget ».
Après un an et demi j'ai jeté l'éponge, j'ai quitté ce bureau, et je suis retournée 1 mois au Mexique. À mon retour, j'ai encore fait 2 bureaux avant de me retrouver sans emploi pendant 6 mois. Mais là, plus question de retourner une énième fois au Mexique: j'en avais marre de ne pas avancer dans la vie, ni ici ni ailleurs. Je voulais m'ancrer, rencontrer quelqu'un ici et trouver une voie dans l'architecture, qui me plairait et dans laquelle je pourrais m'épanouir...
Premier concept, avec une copine

Suite à cela, j'ai lancé ma boîte avec une copine de l'école. On avait lancé un concept, et on ne faisait que le côté chouette de l'archi! On s'était rendu compte que de plus en plus de clients ne voulaient plus faire appel aux architectes et préféraient travailler directement avec l'entrepreneur. Nous trouvions cela dommage, car cela leur faisait passer à côté de belles idées d'aménagement. Celles-ci ne tombent pas du ciel: il faut quand même faire 5 ans d'études et 2 ans de stages pour devenir architecte! Bref, par ce concept, on voulait donc récupérer les clients qui voulaient éviter les frais d'architecte. On offrait un service d'esquisses à la carte pour de l'architecture d'intérieur (donc sans nécessité de permis d'urbanisme). On proposait plusieurs idées, selon un forfait fixé avec les clients, afin de les aider à voir plus clair dans ce qu'ils voulaient pour leur intérieur et de leur donner un aperçu des possibilités qui s'offraient à eux. Soit on s'arrêtait là, soit on passait à l'étape 2, en leur fournissant des plans informatisés détaillés, sur base desquels ils pouvaient gérer leurs travaux eux-mêmes, en faisant appel à des entrepreneurs, sans payer les frais d'architectes. Enfin, on pouvait passer, s'ils le voulaient, à l'étape 3, qui consistait à faire le suivi du chantier, tout en leur offrant nos conseils.
On a bossé comme ça pendant un an et demi, c'était super! Et puis des histoires d'argent sont venues ternir ce beau tableau et on a décidé de se séparer.
Mon entreprise à moi toute seule!
Depuis octobre 2010, je bosse donc seule sur mes projets & chantiers, et je continue à proposer ce système d'étapes, mais aussi une approche de l'architecture plus classique. Ça me plait vraiment, c'est très agréable de voir se réaliser ce qu'on a dessiné. Il y a de tout, de la création, réflexion et de l'action. La phase chantier et très active, stressante et fatigante mais aussi magique. Il faut être tout le temps disponible, et prête à gérer des imprévus (et oui, en rénovation, quand on met la maison à nu, on tombe souvent sur des surprises, et des vices cachés), mais c'est aussi le moment de voir enfin se construire nos idées.
Une femme pour « diriger » des hommes?
J'ai toujours eu beaucoup de respect pour mes ouvriers, car sans eux, je n'irais pas bien loin! Mais travailler avec des hommes, ce n'est pas toujours facile. Certains entrepreneurs d'une cinquantaine d'année ne peuvent pas accepter l'idée de recevoir des instructions d'une nénette de 30 ans. Parfois, il vaut alors mieux faire appel à quelqu'un d'autre. La règle que je me suis fixée, c'est de ne surtout pas jouer le jeu de la séduction, ni avec les clients, ni avec l'entrepreneur, sinon on perd toute crédibilité. Ma technique, avec l'entrepreneur avec lequel je bosse le plus souvent, c'est d'accepter le fait que je ne sais pas tout. J'ai dessiné le projet, mais eux vont le réaliser, je m'efforce donc de voir le chantier comme un échange. Je n'impose pas ma vision des choses, j'explique ce que je veux et leur demande comment ils peuvent y arriver, si ça ne me plait pas, je demande s'il n'y a pas moyen de faire autrement.

L'entrepreneur sait qu'il doit respecter les exigences de l'architecte, puisque les clients payent ce dernier pour imaginer le projet et le réaliser, après avoir choisi une entreprise pour le faire. L'entrepreneur et moi, nous sommes donc payés par le client pour bien nous entendre et réaliser leur projet ensemble. Il y a bien sûr des petites tensions, quand on approche de la fin du délai et que tout n'est pas fini, mais bon, on accorde nos violons, et on apprend à gérer ces petites tensions...
L’équilibre entre un travail prenant et ma vie privée
La principale difficulté, dans ce métier, c'est la crainte de ne pas avoir suffisamment de projets. Quand on en finit un, il faut qu'un autre suive, sinon c'est la banqueroute!
Ça me stresse dans ma vie de femme: j'ai envie d'avoir des enfants, mais je me rends bien compte que ce métier ne m'apporte pas beaucoup de sécurité. Tant qu'on n'est que 2 adultes, quand il faut se serrer la ceinture à la fin du mois, ce n'est pas trop grave. On peut vivre d'amour et d'eau fraîche... Mais pour un bébé, c'est autre chose! Surtout que mon compagnon est artiste peintre, un métier pas plus sécurisant, d'un point de vue financier.
Donc, ce qui me plairait, ce serait de bosser directement avec mon entrepreneur, d'être son architecte attitrée pour tous ses dossiers. C'est-à-dire: faire les plans, imaginer les espaces, les possibilités, dessiner le mobilier, faire les réunions clients, faire les plans d'électricité et puis chercher les luminaires avec les clients... Ce rapport avec le client, c'est un côté qui me plait aussi beaucoup dans ce métier: il faut apprendre à les connaître pour comprendre ce qu'ils aiment, ce qu'ils veulent, et pour leur proposer quelque chose qui leur convienne vraiment. En fait, parfois, on est presque psy!
Le projet de rêve
Il y a 4 ans, j'ai dessiné une villa en Corse, pour une de mes tantes et son mari. C'était vraiment une super expérience. C'est une petite maison, pas trop chère, mais elle à tout d'une grande! Nous n'avons pas eu recours à des matériaux trop luxueux, il n'y pas de piscine débordante avec vue sur la mer, mais les espaces sont très agréables, et il y a une belle zone de vie à l'extérieur. Mon plus beau cadeau, c'est quand mon oncle m'a dit que j'avais réussi à leur faire ce dont ils rêvaient, alors qu'eux n'arrivaient pas à mettre des mots sur ce rêve.
Avez-vous mis du temps à trouver une voie professionnelle qui vous convient?
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